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Rêver, c’est respirer à l’envers…

  • Photo du rédacteur: Bénédicte Tesson
    Bénédicte Tesson
  • 2 août 2025
  • 2 min de lecture

Elle m’a dit ça sans prévenir, entre deux gorgées de thé à la menthe, les yeux perdus dans un nuage qui n’existait peut-être que pour elle. Une phrase lancée comme un caillou dans l’eau.

— Il y a des jours où je me sens trop grande pour mes chaussures et trop petite pour mes idées. Alors je rêve.


Elle a ri doucement, comme si elle s’excusait à moitié.

— Pas toujours volontairement. Parfois ça me tombe dessus, comme une pluie d’images ou un parfum oublié. Et je laisse faire. Rêver, c’est ma façon à moi de respirer à l’envers quand l’air devient trop droit.


Elle a marqué une pause, comme si elle venait d’attraper un fil invisible et qu’il ne fallait pas le lâcher.

— On dit qu’il faut garder les pieds sur terre. Moi, je préfère les laisser flotter un peu. Pas tout le temps, hein. Juste ce qu’il faut… Le sol est utile, d’accord. Mais rarement inspirant.


Elle regardait le monde comme s’il était flou, mais pas moins réel pour autant.

— Je ne rêve pas pour fuir. Je rêve pour mieux voir. Pour reculer du réel, comme on s’éloigne d’un tableau trop chargé. Dans mes rêves, il y a des dialogues jamais dits, des souvenirs pas encore vécus. Et parfois, une idée prend racine. Un espoir minuscule pousse dans un coin de cerveau mal rangé. Je le note.


Elle a souri, yeux mi-clos, comme si elle lisait quelque chose derrière ses paupières.

— Rêver, ce n’est pas tricher. C’est consentir à l’inattendu. Mettre une loupe sur l’invisible. Tendre l’oreille aux choses sans voix. Les rêves n’ont pas de logique. Ils sont faits d’ellipses, de traversées de nuages, de bouts de poèmes jamais lus. Et pourtant… ils savent. Ils sentent. Ils pressentent.


Elle a fait tourner sa cuillère dans le vide, comme si elle remuait les pensées du monde.

— J’ai longtemps cru que rêver, c’était une faiblesse. Un truc de tête en l’air. Jusqu’à ce que je comprenne que les têtes en l’air voyaient plus loin. Parce qu’elles regardaient là où personne n’osait lever les yeux.


Elle a levé les siens vers un coin de ciel trop bleu pour être vrai.

— Le monde a besoin de rêveurs maladroits, inaptes au calcul, trop sensibles aux détails qui ne servent à rien. Ceux-là plantent des graines dans les interstices. Et parfois, une utopie pousse. De travers, oui. Mais elle pousse.


Elle a ramassé son carnet — un vieux cahier corné, plein de dessins inachevés.

— J’écris mes rêves dans les marges. Je les perds exprès. Parce qu’un rêve, ça revient toujours. À condition de ne pas le surveiller.


Elle m’a regardée, à moitié sérieuse.

— Et si on m’accuse d’être perchée… je souris. Être perchée, c’est peut-être juste avoir pris un peu d’élan pour inventer ce qui manque.


Elle est partie peu après, ses mots suspendus dans l’air.

Je suis restée là un moment, un peu sonnée. Comme si elle avait déplacé quelque chose en moi.

Pas grand-chose. Juste assez pour que, ce soir-là, j’écrive dans les marges, moi aussi.

 
 
 

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