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Lettre aux ratures

  • Photo du rédacteur: Bénédicte Tesson
    Bénédicte Tesson
  • il y a 2 jours
  • 1 min de lecture

Chères ratures,


Je ne vous invite jamais vraiment. Vous venez sans frapper. Comme des amis qui savent que, pour eux, la porte est toujours ouverte.

Aussi sûre que le soleil se lève, je sais que vous viendrez. Tôt ou tard.

 

J’ai longtemps cru qu’il fallait vous cacher.

Vous gratter, vous corriger, vous effacer sous du blanc épais, qui sent la honte et l’impatience.

Mais vous, revenez.

Toujours.

Fidèles.

Imperturbables.

 

Vous êtes des souvenirs qu’on tente d’oublier mais qui, s’épanouissent sans bruit, sans animosité.

Vous êtes les coulisses du mot.

Les hésitations, les demi-tours, les regrets, les “non, finalement non !” qui sauvent parfois un texte du désastre, ou du déjà-vu.

Vous êtes les soupirs manuscrits, les repentirs poétiques, les biffures amoureuses.

 

Et surtout, vous êtes vraies.

Vous trahissez l’instant.

La main qui doute.

L’idée qui change d’avis.

Le cœur qui bégaie.

Vous êtes tout ce qu’un traitement de texte voudrait lisser.

 

Mais moi, j’ai décidé de vous garder. De vous aimer, même.

Avec vos barres, vos flèches, vos gribouillis imparfaits.

Vous êtes les montagnes russes de la pensée.

Les marques où l’humain respire.

 

Alors je vous embrasse,

Vous, les ratures.

Les maladroites.

Les fières.

Les inévitables.

Et je vous remercie d’exister.

Parce que sans vous, l’écriture serait peut-être plus nette.

Mais tellement moins vivante.

 

À vous pour toujours.

Je vous aime.

 

Bénédicte

 
 
 

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